En matière de santé des femmes, Health Work Committees (HWC) va au-delà de la santé reproductive. A partir de la santé et de l'éducation, le personnel de HWC veut rendre les femmes conscientes de leurs droits et essaie de faire en sorte qu'elles en discutent avec leur famille.
Ils travaillent pas à pas, au cours de consultations, mais aussi lors de visites à domicile. Là, ils peuvent voir les femmes dans leur environnement quotidien et peuvent mieux estimer les problèmes spécifiques auxquels elles sont confrontées. Les visites à domicile permettent également d'impliquer la famille de la femme dans la conversation et permettent donc une plus large prise de conscience du travail effectué autour des normes sociales, de la violence domestique, et de la promotion de l'égalité.
HWC sensibilise également à travers des ateliers où les femmes ont la possibilité de partager leurs expériences. Cela leur permet de prendre leurs propres décisions concernant leur corps, leur santé, l'exercice de leurs droits, y compris le droit de choisir leur propre mari, de déterminer l'âge où elles se marient et ont des enfants.
Dans leur lutte pour leurs droits et pour l'égalité, l'occupation israélienne de la Palestine est un obstacle pour les femmes palestiniennes. D'une part elles sont confrontées à la violence directe de l'occupation et d'autre part, l'occupation renforce la violence contre les femmes au sein même de la société palestinienne.
Sous le couvert de la sécurité, les israéliens ont construit un mur sur le territoire palestinien occupé et ont installé quelques 500 checkpoints et barrages routiers, limitant drastiquement de nombreux déplacements des Palestiniens.
Les restrictions de circulation ont un impact direct sur l'accès à l'éducation et aux services de santé. En raison de longues files d'attente aux points de contrôle, des dizaines de femmes enceintes ont déjà été forcées d'accoucher à un checkpoint, avec dans certains cas une issue fatale pour la mère et l'enfant à cause de l'absence d'une aide professionnelle. De plus en plus de femmes optent pour une césarienne ou un accouchement à domicile avec tous les risques que cela comprend. Pour éviter les traitements dégradants aux points de contrôle, certains parents décident de ne pas laisser leurs filles aller à l'école et parfois, ils préfèrent marier leur fille à un jeune âge. Mais l'accouchement à un âge précoce implique un risque accru de complications.
La limitation de la mobilité a également augmenté le nombre de mariages au sein de la même famille dans le village, de peur d'être par la suite séparé du reste de la famille. Les mariages au sein de la même famille augmentent le risque d'anomalies génétiques.
L'occupation freine de diverses manières le développement de l'économie palestinienne: l'accès aux terres et l'exploitation des matières premières sont empêchés, le transport est compliqué à cause des nombreux checkpoints et barrages routiers, les importations et les exportations sont contrôlées par Israël. Le chômage est donc très élevé. Les hommes qui assurent habituellement les revenus de la famille sont aujourd'hui frustrés de ne plus pouvoir assumer leur rôle dans la famille comme avant. Les femmes sont plus souvent hors de la maison car il devient nécessaire pour elle de travailler, ce qui double leur charge quotidienne de travail car le fait de s'occuper de la famille, généralement de grande taille, et les tâches domestiques restent de leur ressort. Ces changements dans les rôles traditionnels entrainent des tensions et une violence croissante.
Un autre problème qui conduit de plus en plus de familles palestiniennes au désespoir sont les destructions de maisons qui font que du jour au lendemain des familles entières se retrouvent à la rue. Les femmes qui prennent généralement soin des tâches ménagères et des enfants, perdent toute emprise. Le fait d'emménager dans la famille signifie aussi souvent que ces femmes perdent le contrôle sur leur propre famille. Ce genre de situations peut générer beaucoup de tensions dans la famille et engendrer de la violence domestique.
Cet article est un résume de l'interview avec Victoria Shukri des Health Work Committees. Elle était présent lors du 11ème Rencontre Internationale Femmes et Santé (13-17 septembre 2011, Bruxelles).
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