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07/12

Comment le témoignage de Minet des Philippines nous a donné espoir et optimisme!

Au cours du week-end de formation empowerment organisé par M3M, nous avons eu la chance de rencontrer, et d’écouter parler « Minet » Jérusalem, qui est actuellement la présidente du « Leyte Center for Development » (LCDE).

Son récit nous prouve qu'avec bien moins de moyens, des solutions durables peuvent être mises en place, pour peu que ce soit la population qui les imaginent, et s’investisse de la tâche de les réaliser.

Le LCDE est une ONG dont le but initial était à la base d’organiser des réponses citoyennes aux désastres naturels, mais qui s’occupe également de développement durable communautaire (selon le schéma de l’empowerment : organiser et motiver les populations locales pour que elles mêmes trouvent les solutions aux problèmes auxquelles elles font face).

Lors de son intervention, Minet nous a exposé avec beaucoup d’émotion comment, lors du typhon Hayan en 2013, elle et ses collègues ont organisé la réponse citoyenne (en l’absence de réponse gouvernementale) à la crise humanitaire sans précédent qu’il a entraîné.

Quand Minette décrit la force du typhon, elle sait très bien de quoi elle parle. En effet, celle-ci était au cœur de l’œil de Hayan, qui est passé par leur quartier général, et en a détruit le deuxième étage. La moitié des vivres, principalement du riz, stockées en prévision de cette catastrophe qui était annoncée, a été détruite, de même que les maisons des bénévoles, qui se trouvaient juste derrière le quartier général. Les prévisions avaient sous estimé la violence du typhon. Nombreux sont les amis qu’ils ont perdus, mais miraculeusement aucun des 17 membres de l’équipe de Minette n’y a laissé la vie.

Après le passage de Hayan, le paysage est dévasté. Des corps sans vie jonchent le bord des routes, que ce soit dans les villes ou à la campagne, se décomposant sans que personne n’ai le temps, dans l’urgence, de se charger de leurs offrir une sépulture, même des plus sommaires. Les cocotiers « ressemblent à des allumettes », ce qui a généré un désastre économique dont les conséquences sont, à l’heure actuelle, encore dramatiques (il faut 7 ans à ces cocotiers pour reproduire de noix de coco, soit pas avant 2020).

Minette Jérusalem témoigne avec une émotion contagieuse de la grande solidarité au sein de son équipe, qui a tenu bon malgré l’ampleur de la catastrophe. Bravant la peur, le danger, les pillages, les maladies infectieuses, et la gargantuesque tâche d’apporter un peu d’humanité dans une zone qui en l’espace de quelques minutes en a été entièrement dénuée, sur les dix sept collègues du quartier général, aucun n’a fui. L’organisation est venue en aide à 23 000 personnes, ce qui est au delà de toute mesure de ce qu’ils ont l’habitude faire. Des bénévoles sont venus de partout aux Philippines, et certains sont même restés jusqu'à deux ans après le passage du typhon ! Ceci a notamment permis de mettre sur pied un système de tours de garde, pour éviter les pillages du stock du LCDE (la population ne recevant pas l’aide du gouvernement, malgré les appels de détresse répétés, la faim de celle-ci s’aggravait au fil des jours).

Des réunions ont rapidement été organisées de façon à solutionner, avec les différentes populations locales, les problèmes menaçant leur existence.

  • Comment survivre sans les cocotiers ? => Des distributions de graines ont été organisées.
  • Comment permettre aux familles de pêcheurs de se nourrir malgré la perte de leurs embarcations ? => Dons de bateaux.
  • Comment permettre aux habitants de réparer leurs maisons détruites ? => Des kits de réparation ont été distribués même dans des zones très reculées.

Il y a eu également un travail impressionnant de formation des différentes communautés, dans le but de créer de l’entraide entre les voisins, mais également de faire des entraînements d’évacuation, avec femme, enfants et personnes handicapées en premier lieu, la mise en place d’une sécurité alimentaire (constitution de stocks au cas où).

Aujourd’hui encore les conséquences de ce désastre se font ressentir cruellement. La région est passée de deuxième à première région la plus pauvre des Philippines, avec des familles vivant avec l’équivalent de 335 € par an. Il aura fait, selon le gouvernement, 6000 morts, contre 15 000 selon les O.N.G. Quand Minette nous explique la lenteur avec laquelle l’aide gouvernementale est parvenue aux zones sinistrées, on comprend mieux le pourquoi de cette différence numérique…

Tous les drames et défis que cette femme a eu à affronter ne lui ont pas enlevé ni son grand sourire, ni son envie de se battre. Hayan a renforcé les liens de son équipe, et prouvé que des réponses citoyennes sont possibles même lorsque tout espoir semble perdu. Son récit nous prouve que avec bien moins de moyens, des solutions durables peuvent être mises en place, pour peu que ce soit la population qui les imaginent, et s’investisse de la tâche de les réaliser. Aujourd'hui encore, le LCDE et la population de Leyte lutte avec détermination pour que le gouvernement prenne enfin ses responsabilités et cesse de fermer les yeux sur les conséquences dramatiques de Hayan.

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