09/03/18

5 mythes sur la privatisation des soins de santé dévoilés

En ces temps d’austérité, la privatisation des soins de santé est souvent présentée comme étant LA solution. Ce serait la meilleure façon d’assurer des soins de santé efficaces et de qualité au bénéfice de tous. Mais en est-il vraiment ainsi ?
Tordons le cou à cinq idées reçues !

1. Grâce à la privatisation, les soins de santé coûtent moins cher aux autorités.

Eh bien non ! Une recherche d’Oxfam [1] a montré qu’un hôpital géré au Lesotho en partenariat par le public et le privé coûtait au gouvernement trois fois plus cher que l’hôpital public qu’il remplaçait. Dans les hôpitaux privés, des coûts imprévus, comme des augmentations de loyer ou des prix de l’énergie sont la plupart du temps supportés par le gouvernement ou les patients.

2. La privatisation permet à chacun d’accéder à des soins de santé de grande qualité.

Ce n’est pas vrai. Les hôpitaux privés doivent faire des bénéfices et privilégient donc les patients qui peuvent se permettre de payer leurs soins. C'est comme cela que surgit le risque d'avoir un système de santé à deux vitesses. D’un côté, des soins hautement technologiques et spécialisés pour les riches, de l’autre côté, des soins publics de base pour les moins nantis. Ceci alors que les pouvoirs publics ont le devoir de fournir des soins à tous, sans discrimination.

3. La privatisation assure davantage d’efficacité et une meilleure qualité.

Hélas, dans la logique de marché actuelle, les institutions privées vont toujours privilégier les traitements plus intéressants sur le plan financier. Et ceux-ci ne sont pas nécessairement ceux qui sont les plus utiles au patient. Au Pérou par exemple, les hôpitaux privés pratiquent bien plus de césariennes que d'accouchements naturels. Avec une césarienne, le médecin peut facturer une somme plus importante. Le résultat pour la mère est qu’elle doit payer des frais supplémentaires et courir les risques sanitaires qu'entrainent une césarienne.

On constate au contraire que les systèmes publics fonctionnent mieux. ils peuvent acheter des médicaments et du matériel en bien plus grandes quantités, ce qui en fait baisser le prix. En outre, les institutions privées ont une logique privée. Au Royaume-Uni, le nombre de managers au sein du National Health Service (le système de santé public anglais) a triplé depuis l’introduction de la logique de marché. Aux Pays-Bas, les assurances privées ont consacré 500 millions d’euros par an rien que pour des campagnes de publicité.

4. La privatisation garantit une meilleure transparence.

Que du contraire, les négociations entre les acteurs privés se déroulent souvent selon des règles de confidentialité très strictes. Cela rend difficile le contrôle public, ce qui augmente sensiblement le risque de corruption. En outre, la société peut moins facilement imposer des normes environnementales et sociales, contrairement à ce qui se passe avec les institutions publiques. Pire encore, certains contrats permettent à l’entreprise de porter plainte contre l’Etat pour des coûts imprévus tels que ceux entraînés par une grève du personnel.

5. La privatisation garantit d'avoir un personnel de santé plus nombreux et de meilleures conditions de travail.

Il n’en est rien. Les entreprises commerciales parviennent à prélever au secteur public ses moyens limités, par exemple ses travailleurs de santé. Cette fuite des cerveaux provoque des pénuries dans le secteur public et dans des régions géographiquement plus reculées. En outre, l’attrait pour des marges bénéficiaires plus élevées est souvent synonyme de moins bonnes conditions de travail, de non-paiement d’heures supplémentaires ou d’une pression accrue sur le personnel. Des symptômes de burn-out et de stress sont très fréquents dans le secteur de la santé.

Comment pouvons-nous garantir des soins de santé de qualité pour tous ?

Un changement de direction radical est nécessaire. Le droit à la santé ne peut être garanti que si les soins et les médicaments sont gratuits pour la population, et qu’il y a des investissements publics suffisants dans les infrastructures et le personnel sanitaire, l’éducation à la santé et la prévention. Des mouvements sociaux forts sont nécessaires pour ne pas permettre qu’une logique commerciale s’introduise dans le domaine des soins de santé.

Rejoignez notre action !

Le 7 avril – journée mondiale de la santé – nous mettrons en évidence l’importance de soins de santé de qualité. Partout dans le monde, des actions seront menées pour rendre les soins de santé accessibles à tous.
M3M mène campagne pour des soins de santé publics de qualité avec des invitées de Cuba et des Philippines : Katharina Berza, de notre organisation partenaire philippine Council for Health and Development (CHD), et Aissa Naranjo docteur à Cuba viendront parler des soins de santé publics dans leur pays. Découvrez ici où vous pouvez les rencontrer!

[1] Oxfam (2014), 'A dangerous diversion. Will the IFC’s flagship health public–private partnership bankrupt Lesotho’s Ministry of Health?'

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