02/06/16

Accord de libre-échange avec les Philippines ? Nous nous insurgeons de Manille à Bruxelles

L’UE négocie un nouvel accord de libre-échange avec les Philippines. Que nous l’ayons appris 'par accident' n’était déjà pas de bon augure …
Notre expérience avec ces prétendus accords de libre-échange nous a appris qu’ils n’offrent jamais la liberté. Que du contraire, ils cautionnent toujours l’exploitation de la population et des richesses naturelles.

Nos contacts et partenaires philippins, Council for Health and Development, Health Alliance for Democracy (HEAD) et la branche philippine de People’s Health Movement, n’ont pas baissé les bras pour autant. Ils ont organisé une marche vers le palais présidentiel à Manille, la capitale des Philippines, afin de dénoncer les négocations. Vous trouvez un reportage vidéo en cliquant sur ce lien.

M3M a exprimé son indignation en Belgique fin mai à l’occasion d’une conférence de presse et de rencontres avec d’autres acteurs sociaux, en collaboration avec 11.11.11., TNI et deux activistes philippins du EU-ASEAN FTA Campaign. Nous avons également parlé avec deux membres du Parlement européen et avec certains membres de la délégation philippine. Il est clairement apparu qu’il n’était aucunement question de transparence et que la protection des droits de l’Homme n’a aucun poids dans toute cette procédure.

La Health Alliance for Democracy philippine parle même d’une “trahison de dernière minute du gouvernement Aquino”. Les négociations débutent au moment d’un changement de gouvernement: le président Aquino est remplacé par Duterte qui est tout autant décrié. Mais sous quel mandat le traité est-il donc signé ?

Partenaires commerciaux égaux ?

Des plans pour un accord de libre-échange avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) sont tombés aux oubliettes en 2007. Depuis, l’UE encourage les Etats membres à négocier séparément de façon à affaiblir la position des pays asiatiques. Récemment un accord a d’ailleurs ainsi été conclu avec le Vietnam sans examiner le possible impact sur les droits de l’Homme alors que c’est obligatoire.

Lors de l’annonce des négociations en décembre 2015, la Commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, a tenu des propos on ne peut plus limpides. Il est évident que l’UE donne la priorité absolue aux intérêts des enterprises européennes. L’économie des Philippines est parmi les plus rapides à se développer et elle veut que les enterprises européennes profitent de ce marché de 100 millions de consommateurs.

HEAD: "Notre expérience avec ces prétendus traités de libre-échange nous a démontré qu’ils n’apportent jamais la liberté et cautionnent toujours l’exploitation de la population et des richesses naturelles afin que les pays riches en tire profit. Le traité de libre-échange EU-Philippines va également dans ce sens."

The Council of Health and Development, partenaire de M3M, pointe du doigt les rapports inégaux entre les deux “partenaires”. Vu que l’UE a une économie plus conséquente, elle peut avoir plus d’exigences: "En acceptant un accord qui n’est pas du tout aussi 'équitable' qu’on veuille le prétendre, le gouvernement philippin sacrifie les dernières traces de protection de son économie locale. Un contrôle étranger sur le marché des médicaments où l’Union européenne est un acteur majeur met les producteurs locaux de médicaments au tapis, entraîne une hausse des prix des médicaments et empêche la possible création d’une industrie pharmaceutique authentique." [1]

Impact sur la santé

Le paysage de la santé aux Philippines offre une image sombre et négligée. Sept Philippins sur dix meurent sans avoir consulté un médecin et la facture moyenne pour une hospitalisation est le triple du salaire mensuel minimum. Des décès suite à des affections qui pourraient être traitées et guéries ne sont donc pas une exception.

Selon HEAD la protection plus sévère du droit à la propriété intellectuelle mène à un accès réduit aux médicaments de première nécessité et à la nouvelle technologie. Le volet sur le commerce des services rend le développement de la commercialisation des soins de santé possible. Le mécanisme de la gestion privée des différends – connu pour les protestations contre le TTIP – va mettre les multinationales sur un même pied d’égalité avec les gouvernements locaux. Ils auront ainsi la possibilité de citer à comparaître devant le tribunal le gouvernement philippin lorsque ce dernier impose des lois qui les empêche de faire du profit.

Un message fort

The Council for Health and Development ne laisse planer aucun doute: "Nous estimons que la santé doit rester en dehors de tout accord de libre-échange car la prospérité de la population est en danger en donnant priorité au profit avant l’intérêt général. Nous pensons à l’augmentation du capital privé dans les hôpitaux publics, à la migration des travailleurs locaux de la santé et au monopole de l’industrie pharmaceutique. La santé et la prospérité de la population devrait être une priorité pour chaque gouvernement et doivent être protégées de tout dictat commercial étranger."

M3M et ses partenaires sont décidés de continuer à s’opposer à la signature de ces accords de libre-échange qui ne garantissent pas suffisamment de droits pour la population et ne protègent pas suffisamment les droits de l’Homme. De Bruxelles à Manille !

Notes

1. Pour la conférence de presse complète de CHD: www.chdphilippines.org/2016/05/eu-ph-fta-a-bitter-pill-to-swallow/

Plus du dossier Accès aux soins de santé

11/10/16

Le 20 septembre, des actions ont eu lieu à Bruxelles contres les accords de libre échange entre l’Europe et les Etats-Unis & le Canada.

06/07/16
Après la mobilisation des enseignants en début d'année, c'est au tour de la population palestinienne de descendre dans la rue afin de manifester son opposition à la politique sur la sécurité
02/06/16
L’UE négocie un nouvel accord de libre-échange avec les Philippines. Que nous l’ayons appris 'par accident' n’était déjà pas de bon augure …
22/04/16
Le commerce international influence fortement les politiques nationales de santé.
09/05/16
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) doit être réformé vraiment, selon People's Health Movement dont fait partie M3M.
07/04/16
Trouves-tu les 10 différences? Cuba et les Philippines : deux pays en voie de développement et quand même un grand contraste dans leurs systèmes de santé. Comment expliquer cela?
14/12/15
screenshot video
En tant que plus gros bloc commercial au monde, l'Union européenne porte un vif intérêt aux marchés des pays en développement.
18/11/15
Linda
Linda Mashingaidze-Shuro est coordinatrice régionale pour l'Afrique du People's Health Movement et explique dans ce petit film pourquoi nous devons lutter pour la protection sociale.
12/11/15
La société civile belge, sous l’égide du Centre national de coopération au développement (CNCD) et 11.11.11, lance un appel à la protection sociale pour tous, dans le monde entier.
05/11/15

Au cours de la semaine d'action du 6 au 15 novembre, la campagne pour la protection soc

27/10/15
Geheel rechts: Linda Mashingaidze-Shuro
Pendant une semaine, Linda Mashingaidze-Shuro, militante sud-africaine pour la santé, a été l'invitée de M3M.
19/09/14

Après 50 ans d'un système intégré de soins de santé à Cuba, les experts s'accordent à dire que la majorité des Cubains ont accès à des soins de santé de qualité.

20/08/14
En septembre, l’Europe prendra de nouveau place à la table des négociations dans le cadre de l’important Accord sur le Commerce des Services encore appelé 'TISA' (Trade in Services Agreement
29/07/14
Foto: Corporate Europe Observatory
Dans les pays en développement, l'Europe poursuit un agenda de privatisation des services, quitte à accroître les inégalités en matière d'accès aux soins de santé.
16/07/14
Après 50 ans de couverture universelle des soins de santé, la plupart des Cubain(e)s ont accès à des soins de santé de qualité.
17/06/14
Encore aujourd'hui aux Philippines, 28 femmes sur 100 accouchent sans aucune aide, une situation qui montre bien le manque flagrant d'accès aux soins de santé.
2205 views