20/12/17

Philippines – La résistance des femmes à Bulol Kilot

Il y a quelques semaines, le petit village de Bulol Kilot aux Philippines a été réveillé par des vrombissements de moteur. Une excavatrice appartenant à une importante entreprise de pêche se frayait un chemin à travers les champs de riz entourant le village. Les femmes du village se sont tout de suite précipitées dehors, y ont fait barrage pour que l'engin reparte. 1-0 pour le peuple !
Ce pays, c’est notre vie. Si nous le perdons, c’est nous-mêmes que nous perdons.

De quoi s'agit'il au juste ?

Cela fait des années qu’une multinationale essaie d’acquérir le terrain sur lequel se trouve Bulol Kilot. Le but est d’y installer une usine de pêche. Mais les villageois n’en veulent pas.

Pour les habitants de Bulol Kilot, le village n’est pas simplement l’endroit où ils vivent. Ils font partie de la communauté B’laan, une population autochtone dont l’identité est fortement liée à leur lieu de vie. Le nom du village fait d'ailleurs référence à la « montagne sacrée », où se déroulent beaucoup de rituels et où ils viennent se connecter à leurs ancêtres.

 

Que font les autorités philippines ?

Les autorités philippines devraient accorder à la population le droit à la terre. Mais au lieu de protéger ses citoyens, le gouvernement fait tout pour les y en empêcher. En tant que peuple indigène, la communauté B’laan a le droit d'être protégée. C’est pour cela qu’a été fondée la Commission Nationale pour les Peuples Indigènes (CNPI). Mais lorsque les femmes de Bulol Kilot ont demandé cette protection, la CNPI n’y a pas répondu. Il semblerait même que cette commission collabore ouvertement avec les entreprises de pêche.

« La CNPI essaie de diviser notre communauté », raconte Margie, présidente d’un mouvement social local NAKASA. « Si les autorités se souciaient réellement de notre bien-être, elles respecteraient le processus traditionnel de choix de notre chef de village, mais elles ne le font pas. »

La CNPI a proposé la candidature de la sœur cadette du chef de village, mais les villageois ne lui font pas confiance. « Elle ne se préoccupe pas de nos besoins, elle ne pense qu’à son salaire et aux avantages qu’elle aurait en tant que membre du conseil communal », ajoute Margie.

La commission nationale essaie de persuader les habitants de Bulol Kilot de postposer leur demande de reconnaissance de la terre en tant que domaine ancestral. « Selon la loi pour les peuples indigènes, nous devons donner notre autorisation aux industries qui veulent exploiter nos terres. La CNPI a la responsabilité de faire respecter les règles, mais ils se cachent derrière des excuses », explique Margie.

 

Et les autorités locales ?

« Notre bourgmestre nous a assurés que les entreprises de pêche allaient permettre un développement, mais nous devons déménager d'abord », dit Margie. « Une occasion de développement, mais pour qui alors ? »

Le bourgmestre ne veut pas entendre les demandes de Margie et des autres membres de NAKASA. Il craint de se retrouver en conflit avec l’entreprise de pêche et essaie donc de séduire les villageois par de vagues promesses. De plus, les femmes de Bulol Kilot soupçonnent le bourgmestre d’avoir été acheté par l’entreprise.

 

D’où ces femmes tirent-elles leur force ?

Les femmes du petit village de Bulol Kilot se sont unies pour fonder NAKASA, un mouvement social, sous la coupole de GABRIELA, organisation partenaire de M3M qui leur apporte tout le soutien et les formations nécessaires pour lutter pour leurs droits.

Une première étape importante est que ces femmes prennent conscience de leurs droits. GABRIELA leur donne une formation afin qu’elles sachent qui doit leur garantir leurs droits à la santé et à leur terre. Ensemble, elles mènent des campagnes et reçoivent une formation en leadership et lobbying.

Dans leurs actions, les femmes de NAKASA ont dû faire face à une forte résistance de grosses entreprises et des autorités locales, voire même nationales. Mais elles continuent à se battre : « Nous nous battons pour notre vie et pour nos enfants, afin qu’eux aussi puissent profiter de notre terre. Cette terre est notre vie. Si nous perdons cette terre, c’est nous-mêmes que nous perdons. »

La campagne menée par les femmes de Bulol Kilot montre que le peuple peut obtenir des victoires dans sa lutte contre l’accaparement des terres par les multinationales. D'autant plus lorsqu’elles se savent soutenues par une organisation comme GABRIELA.

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