06/10/17

Un changement radical est nécessaire pour notre santé et celle de la planète

Le capitalisme est mauvais pour la santé. Lors d'une conférence internationale soutenue par M3M, cette affirmation a été non seulement prouvée mais aussi illustrée par des tonnes d'exemples du monde entier
Cuba a démontré qu'une action délibérée du gouvernement peut protéger la santé de la population, même dans les circonstances les plus difficiles

L'association internationale des politiques de santé en Europe (IAHPE) a tenu sa 18ème conférence du 21 au 24 septembre, avec le soutien de M3M, sous le titre de “les politiques européennes de la santé dans une époque de crise capitaliste et de restructuration". L'IAHPE est une organisation scientifique regroupant des personnalités scientifiques et académiques connues partageant une vision commune que l'on peut résumer par “le capitalisme est mauvais pour la santé.” Membre fondateur du Mouvement populaire pour la santé, l'organisation offre un espace pour la production et l'échange de connaissances sur la santé en dehors de la tendance mainstream, faisant le lien entre la santé et des problèmes plus vastes tels que la politique économique et la gestion politique.

 

Des activistes turcs appellent à une solidarité internationale

Les discussions ont porté notamment sur les politiques sanitaires en Europe et globalement, de plus en plus, marquées par la privatisation – ce qui conduit à des dépenses plus importantes dans le domaine de la santé, à une dégradation des conditions de travail et à une diminution de l'accessibilité des soins, surtout pour les plus démunis. Le cas des droits de reproduction en Turquie a été cité comme exemple. Suite à des réformes dans le domaine de la santé introduites au début des années 2000, de pair avec un conservatisme social en hausse, les droits des femmes à l'avortement et à la contraception ont été compromis. Pour répondre à ces problèmes, l'orateur a lancé un appel à développer l'analyse transnationale et à créer des solidarités transnationales, comme l'a montré la journée internationale du droit à l'avortement du 28 septembre pour la défense d'un accès à l'avortement sûr et légal à travers le monde.

 

Grèce, Argentine & Cuba : des problèmes similaires, des stratégies différentes

Des chercheurs de différents pays ont analysé les exemples de la Grèce et de Cuba pour discuter de l'impact de crises économiques sur la santé. Pol De Bos, président de M3M, a présenté une analyse originale sur les réponses différentes à des conditions économiques difficiles données par Cuba (qui devait faire face en 1989 à la chute de l'Union Soviétique et à l'embargo des Etats Unies) et par la Grèce (suite à la crise économique de 2008 et aux ajustements structurels imposés par la Troika). Les réponses ont été très différentes, de même que l'impact sur la santé de la population.

La stratégie de Cuba était focalisée sur l'action et les responsabilités de l'état, tandis que la Grèce choisissait la voie de la privatisation et des économies drastiques dans les dépenses publiques. Tandis que la santé de la population cubaine ne cessait de s'améliorer pour la plupart des indicateurs, en Grèce, elle se détériorait dans plusieurs domaines. Bien qu'on ne puisse faire une comparaison directe des indicateurs sanitaires étant donné la différence des contextes et des périodes historiques, nous avons là une illustration éloquente de la façon dont la politique publique peut diminuer ou augmenter l'impact sur la santé de conditions générales défavorables.

Au cours de sa présentation, Pol a insisté sur le fait que “tout commence avec la volonté politique du gouvernement de placer le droit à la santé de la population au centre de sa politique. Cuba a montré qu'une action délibérée du gouvernement peut protéger la santé de la population, même dans des circonstances très difficiles.”

 

Quelles sont les conditions favorables ou défavorables pour implanter une politique publique progressiste dans le domaine de la santé ?

Les participants ont eu une discussion en profondeur sur les conditions nécessaires pour mettre en place et maintenir une politique publique progressiste de la santé, tant pour un accès universel à des soins de santé décents que pour une action sur les déterminants sociaux de la santé (logement, éducation, environnement, etc.). Le cas de l'état de Mexico City sous le gouvernement de López Obrador (2000-2006), exposé par Asa Cristina Laurell (qui était alors Secrétaire de la ville pour la santé) est particulièrement éloquent. Le gouvernement de gauche de l'état avait réussi à introduire une politique publique visant à améliorer les conditions de vie des pauvres dans la ville et à promouvoir leur accès à des soins de santé de qualité. De grands efforts ont été accomplis, y compris via une participation de la communauté, pour augmenter le nombre, l'équipement et le personnel des centres médicaux, parallèlement à un affaiblissement de l'ancien système de corruption et de patronage. Les résultats ont été clairement visibles en termes de meilleurs indicateurs sanitaires au sein de la population. Néanmoins, avec l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement, la plupart des changements ont été inversés et le secteur sanitaire privé a regagné de la force, accroissant les inégalités.

Cela démontre que, si nous voulons avancer selon un agenda non capitaliste, un engagement fort est nécessaire, qui ne peut jamais être “assuré” au sein d'une formation politique spécifique. Lorsque nous lui avons demandé ce qu'elle aurait fait autrement si elle avait eu une seconde chance d'être au pouvoir, Asa Cristina répondu “Lorsque vous vous trouvez dans ces situations, vous faites face à une série de problèmes graves et vous avez tendance à postposer tout ce qui n'est pas immédiatement indispensable. Lorsque je regarde en arrière, j'aurais essayé de pousser davantage à construire une participation populaire plus forte. J'aurais essayé de faire prendre à la nouvelle politique de santé plus profondément racine dans la population et parmi les travailleurs.”

 

Un changement de système est nécessaire pour l'égalité dans la santé

Le message général de la conférence était que, sans un changement de système tournant le dos à la commercialisation et la privatisation néolibérales, visant la santé et le bien-être social, il serait difficile d'obtenir des avancées stables dans le domaine de la santé, surtout en terme d'égalité. Et pour concrétiser ce changement, la production de connaissances alternatives et le lien avec des mouvements sociaux sont d'une importance primordiale. “Il est souvent plus facile d'imaginer la fin du monde que d'imaginer la fin de notre système social”, a averti le professeur Howard Waitzkin dans sa conférence de clôture. Et pourtant, une telle vision d'un futur radicalement différent est indispensable pour notre santé et celle de la planète.

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